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Graines de pensées...

Akofa, un destin capricieux: Capitre 1 (suite)

23 Janvier 2017 , Rédigé par TEVI-BENISSAN Daté Martial Publié dans #Vie en Société, #Découverte du Togo

Akofa, un destin capricieux: Capitre 1 (suite)

Elle frappa un léger coup et ouvrit la porte. Une dame imposante se trouvait assise devant un vieil ordinateur, les lunettes perchées sur le bout du nez. A peine eut-elle dit bonjour que d’un ton sévère comme si elle gênait, la dame répliqua :

  • Oui que puis-je pour vous ?

Elle marqua un petit moment d’hésitation car elle ne pouvait pas comprendre l’agressivité qu’elle dégageait. La dame n’avait même pas pris la peine de répondre à sa salutation. Dans quel monde vivons-nous de nos jours ? Elle était là à ressasser ces questions quand soudain la même voix lui rappela qu’elle ne rêvait pas.

  • Que puisje pour vous, Madame ?
  • Euh… Excusezmoi Madame, je souhaiterais voir Monsieur Yves.
  • Estce sur rendez-vous ? Qui dois-je annoncer ?
  • Mademoiselle Akofa.

La dame prit alors un moment pour la dévisager et du regard la jaugea de la tête jusqu’aux pieds, pencha légèrement la tête puis d’un geste mécanique, décrocha le téléphone.

  • Yves, elle est là. Je la fais entrer ?

Après quelques secondes écoutant attentivement son interlocuteur, elle raccrocha le combiné et sans faire de commentaire se remit à lire un truc sur l’écran de son ordinateur. Que se passe-t-il au juste ? Mille questions se bousculaient dans sa tête et pour ne pas paraître culottée, elle leva les yeux vers le plafond afin d’y contempler les motifs gravés par les maçons. Elle ne pouvait pas dire si c’était réalisé au moment de la construction de l’immeuble ou si c’était un travail récent. Elle déplaçait son regard de la gauche vers la droite, les bras serrant son petit sac comme si quelqu’un allait le lui arracher quand une voix mi rauque mi douce appela son nom.

  • Mademoiselle Akofa

Elle baissa rapidement les yeux et se trouvait nez-à-nez avec un visage qu’elle aurait juré avoir une fois vu quelque part. Au sourire du monsieur en face d’elle, elle pouvait imaginer qu’il était là depuis un moment. Donc il s’était permis de passer le temps à l’observer au moment où ses yeux s’attardaient sur le plafond ? Elle balbutia :

  • Oui. Monsieur Yves ?

Elle utilisait une expression afin de se rassurer qu’elle était en présence de la personne qu’elle venait voir. Avec un large sourire et un signe de la main, il l’invita à le suivre dans son bureau. En marchant, elle pouvait sentir le regard de la vieille dame la scruter. Serait-elle une sorcière par hasard ?

Monsieur Yves l’invita à s’installer dans l’un des fauteuils réservés aux visiteurs et après une brève présentation pour confirmer son identité, il lui expliqua ce qu’on attendait d’elle pour les six prochains mois. Elle voulut savoir pourquoi seulement six mois mais finalement se ravisa et sur invitation de Yves, elle se leva. Elle le suivit. Ils prirent l’ascenseur et se retrouvèrent trois étages en dessous. Il l’invita à le suivre dans le couloir puis devant le bureau 415 qui devait se situer presque au même endroit que le bureau d’Yves mais sur un axe vertical. Il sortit une clé de sa poche, ouvrit la porte et lui expliqua que ce bureau serait à elle pendant les six prochains mois. Son travail ne devait pas être compliqué. Elle était travailleuse et était certaine de s’en sortir comme une professionnelle. Elle devait trier le courrier, ranger les factures et assister de temps en temps à certaines réunions pour prendre des notes pour Yves. Cette première journée était plutôt calme et tranquille. Peut-être que le lundi matin, les gens ne rédigeaient pas beaucoup de courriers. Elle essayait de mettre un peu d’ordre dans ce petit bureau charmant. Ce n’était pas très vaste mais assez spacieux pour accueillir jusqu’à trois visiteurs à la fois. Une liste de l’annuaire interne était disposée sur la table. Elle s’y attarda pour lire un peu le nom du personnel et commencer par se familiariser avec les bureaux. Il y avait accroché juste au-dessus de la porte le plan d’évacuation de l’immeuble en cas d’incendie. Elle venait de finir de mettre de l’ordre dans les placards quand son téléphone sonna. Elle décrocha et entendit au bout du fil :

  • Vous déjeunez où ce midi ?
  • Euh… Aucune idée Monsieur Yves.
  • Yves tout court me va. Sinon le titre de Monsieur me vieillit. Vous pouvez donc m’appeler Yves tout simplement.
  • Entendu monsieur. Oh désolé, entendu Yves.

Jusque-là, elle n’avait jamais appelé un supérieur hiérarchique par son prénom direct. Mais pourquoi Yves voulait qu’elle l’appelle ainsi ? Et puis, en y pensant, elle était sûre d’avoir déjà entendu cette voix quelque part. Mais elle n’arrivait toujours pas à la situer. Quel mystère cet Yves ! En plus le temps était passé si vite qu’il était déjà l’heure de la pause. Combien de temps avait-elle passé à tenir le combiné téléphonique en restant plongée dans ses pensées ? Elle ne saurait le dire mais c’était le coup sec frappé à la porte qui la ramena dans la réalité. Elle devait être un peu tête dans les nuages pour n’avoir même pas remarqué qu’Yves avait raccroché. Il était même devant elle actuellement.

  • Comme je ne recevais plus de réponse, je suis descendu pensant que tu avais perdu connaissance.
  • Oh excusezmoi ! Comme je suis bête ! J’étais en fait en train de penser à votre question.
  • Eh bien dans ce cas, n’y pense plus. Et comme tu insistes à me vouvoyer, je te confisque ta pause en t’invitant à la cafeteria située au rezde-chaussée. Je t’offre le déjeuner.
  • Merci mais…
  • Il n’y a pas de mais qui tienne. Considère mon invitation comme une instruction venant du boss.
  • Aije vraiment le choix ?
  • Je ne crois pas, répondit calmement Yves avec un sourire au coin des lèvres.

Elle s’exécuta et prit son petit sac. Puis ils descendirent à la cafeteria. Elle pouvait sentir chaque regard se poser sur elle. Timidement et avec un sourire dont elle seule avait le secret, elle répondait aux salutations. Elle mangea avec appétit mais ne put finir son plat. Elle remercia Yves qui avec un petit sourire au coin comme dans son bureau répondit :

  • Ce fut avec plaisir. Bonne digestion et excellent aprèsmidi.

Puis il s’excusa et retourna dans son bureau. Elle aussi fit pareil et ferma à clé. Oh qu’il est mignon et attentionné ! Il devait savoir s’y prendre avec les femmes pour lui faire un effet pareil. L’après-midi ressembla étrangement à la matinée avec peu de choses à faire. Avant de quitter le soir, elle prit soin d’appeler le bureau d’Yves pour lui souhaiter une bonne soirée. Elle  descendit en se mêlant au flot d'employés se hâtant de rentrer chez eux et faisant comme si elle n'existait pas du tout. Le contraire du moment de la pause de midi. Elle enfourcha sa moto et prit le chemin de la maison.

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