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Graines de pensées...

AKOFA, UN DESTIN CAPRICIEUX: Chapitre 2 - Suite et Fin

31 Janvier 2017 , Rédigé par TEVI-BENISSAN Daté Martial Publié dans #Vie en Société, #Découverte du Togo

AKOFA, UN DESTIN CAPRICIEUX: Chapitre 2 - Suite et Fin

Yves était le petit gros dont tout le monde se moquait. Il était la risée de tous les camarades à l’école. Il avait du mal à parler surtout en présence des filles et préférait passer le temps dans son petit coin seul. Chaque fois qu’il essayait de parler avec une fille, les grands costauds le menaçaient. Il n’avait pas les gros bras pour faire la compagnie des autres garçons. Il était toujours dernier en sport vu sa forme et son poids. Certains s’amusaient à le traiter d’Obélix Le Gros. Même avec sa forme, elle le trouvait mignon. Elle avait toujours souhaité qu’il lui parle mais il ne le faisait jamais. C’est vrai qu’ils n’étaient pas dans la même classe mais leurs salles de classes étaient juxtaposées. Elle rêvait parfois qu’il la tenait par la main pour se balader mais c’était seulement dans ses rêves qu’elle pouvait vivre ces moments. Ou bien c’était à cause de ces sentiments d’enfance qu’elle ne cessait de repenser à lui depuis leur nouvelle première rencontre ? Subitement, elle s’est souvenue qu’en fin d’année, une fille l’avait embrassée sur la joue après la proclamation des résultats car il était arrivé en tête. Il faut qu’elle sache si quelque chose s’est passée entre eux après vu que tous les deux avaient quitté l’école pour le lycée.

  • Alors, elle est devenue quoi cette fille qui t’avait embrassé ?
  • Tu veux parler de Stéphanie ?
  • Oui. Bref, j’espère que c’est elle puisque je ne connaissais pas son nom. Nous n’étions pas dans la même classe.
  • Franchement, je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Nous avons tous quitté le Collège mais n’étions pas allés dans le même lycée puisque j’avais quitté la ville suite à l’affectation de mon père vers l’intérieur du pays.
  • Ah oui.
  • Eh bien oui.
  • Le temps passe vite. Tu sais que j’avais toujours espéré que tu me dises bonjour ?
  • Hum. Moi aussi je le voulais mais je ne pouvais pas.
  • Et pourquoi donc ?
  • A cause de Charles.
  • Charles ? Il t’a fait quoi ?
  • Vous sortiez ensemble et il m’avait menacé de me faire bouffer ma langue si je m’approchais de toi.

Sur ce, elle éclata de rire. Tellement que des regards indiscrets se tournèrent vers eux. Elle réussit à se ressaisir mais pouffa encore de rire avant de reprendre la conversation devant l’air hébété d’Yves.

  • Charles ? Tu me fais rire. Mon cousin Charles ?
  • Quoi ? C’était ton cousin ?
  • Oui. Mon père lui avait demandé de veiller sur moi pour qu’il ne m’arrive rien mais de là à te menacer, oh lalala, il a fait fort.
  • Oh punaise ! Je me demande ce que nous serions devenus. De toute façon, l’année qui a suivi, j’avais quitté la ville. Peutêtre que c’était ce qu’il nous fallait.

Après un petit moment de silence et d’hésitation, Yves poursuivit :

  • Alors, tu as toujours le béguin pour moi ?

Pour détourner la question, elle répliqua :

  • Pourquoi on t’appelait Pinocchio en fait alors qu’avec ce personnage, la ressemblance était loin d’être établie vu vos formes ?
  • (rires). En fait, Gérard, je ne sais pas si tu le connaissais, m’avait posé une question en classe et comme j’avais donné deux mauvaises réponses, il me menaça en disant, que si je ne trouvais pas la bonne réponse à la prochaine question, mon nez pousserait comme celui de Pinocchio. C’est de là qu’est né ce surnom.

Gérard était le professeur de Physiques. Il était grand de taille et bien musclé. Une grosse barbe se retrouvait toujours sous son menton. Parfois on se demandait s’il la taillait vraiment. Il aimait faire peur aux élèves et avait toujours dans sa main droite, une chicotte en plus de la craie. Il fallait s’arranger pour ne pas se retrouver dans ses petits papiers. Bizarrement, il n’a jamais tapé Yves même s’il donnait de mauvaises réponses. Il suffisait de lui dire que son nez poussera au réveil pour le voir se fondre en larmes. Lui aussi y croyait car Gérard disait que tant qu’il avait sa barbe plantée par des dieux la nuit, ses paroles devenaient réalité. Et bêtement Yves y croyait. Ce qui amusait d’avantage la classe.

  • Ah le fameux Gérard. Mais tu ne savais pas que c’était juste pour se moquer de toi ?
  • C’est de l’histoire ancienne. Et puis tu n’as pas encore répondu à ma question ?
  • Laquelle déjà ?
  • As-tu toujours le béguin pour moi ?
  • Pourquoi cette question ? Tu as des idées derrière la tête ?
  • Juste pour savoir. Et puis qui sait ce que l’avenir nous réserve ?
  • Bref, je ne crois pas. Cela fait si longtemps. Je suis même passé à autre chose
  • Tu veux parler de Faith ?
  • Attends, tu bosses à l’ANR (Agence Nationale de Renseignements) ?
  • Non, pourquoi ?
  • Qu’est-ce que tu ne sais pas sur moi alors ?
  • Tout
  • Comment tout ? Si tu connais le nom de ma fille, c’est que tu dois connaître aussi son papa.
  • Juste de nom mais je sais que vous n’êtes pas ensemble et qu’il s’est déjà marié avec une autre femme.
  • Si tu permets, je n’ai pas envie de parler de cela ce soir dit-elle.
  • Ok. Compris. Toutes mes excuses si je t’ai mise mal à l’aise. Ce n’était pas dans mes intentions.
  • Alors dis-moi, comment as-tu fait pour devenir le Yves d’aujourd’hui avec un corps athlétique ?
  • C’est une longue histoire. Et si cela ne t’embête pas, je préfère te la raconter lors de notre prochain rendez-vous que tu me dois ?
  • Comment ? Un rendez-vous que je te dois ?
  • Oui. Ou bien tu as déjà oublié notre pari de tout à l’heure ?
  • Ah ok ! Estce que j’ai le choix ? Alors ce sera quand ?
  • Disons demain aprèsmidi vers seize heures.
  • Je préfère dix-sept heures car j’ai une réunion à la paroisse demain à quinze heures et je préfère ne pas te faire attendre.
  • Ok pour dix-sept heures alors.
  • Et tu comptes m’emmener où ?
  • Ce sera une surprise.
  • Et si ma tenue ne convenait pas à l’endroit ?
  • Tu n’as rien à craindre. Tu es toujours sublime peu importe ce que tu portes et je dirai que ce sont les endroits qui s’adaptent à ton look. Alors tu m’accordes une nouvelle danse avant la fin de la soirée ?

Ils remontèrent sur la piste pour une dernière danse. C’était I will always love you de Mariah Carey. Yves ne s’embêta pas la serra très fort contre lui. Comme elle se sentait bien. Son rêve de collégienne se réalisait. Mais ce rêve s’arrêterait là à la fin de la chanson. Tellement emportée, elle ne s’était pas rendue compte que le morceau était déjà fini. Sa tête était toujours plaquée contre la poitrine d’Yves qui continuait de fredonner les paroles. Combien de temps étaient-ils restés ainsi ? Elle ne le savait pas. C’était le baiser d’Yves sur son front qui la ramena à la réalité. Les collègues les avaient-ils remarqués ? Elle espérait que non. Car elle aurait quel visage le lundi ?

  • Merci pour la soirée. Je te dépose ?
  • Non merci, j’ai ma moto.
  • A cette heure je crois que ce n’est pas prudent et je m’en voudrais s’il t’arrivait quelque chose.
  • Mais je ne peux pas laisser ma moto ici. Je ferai comment pour la récupérer ?
  • Ok. Je vois. Dans ce cas, je rentre avec toi sur ta moto. Je te remorque.
  • Quoi ? Hein ? Et ta voiture ?
  • Le chauffeur nous suivra avec.
  • Euh !!! Ok.

Puis ils sortirent et Yves donna des instructions au chauffeur qui prit la voiture et les suivait de près. Yves roulait lentement. Elle s’adossa comme une adolescente amoureuse et posa sa joue droite sur le dos de son conducteur, le visage et les cheveux feuilletés par le vent frais de la soirée. Quelle sensation de bonheur ! Elle s’était agrippée comme si elle était sur une routière. Vraiment Yves avait tout pour faire planer au septième ciel. Quelle ne fut pas sa surprise que ce dernier sans aucune indication de sa part s’arrêta net devant sa maison ! Donc il connaissait même chez elle. Quel était donc son projet ? Tentait-il de la séduire comme cela ? Elle descendit de la moto qu’Yves s’empressa de faire rentrer dans le garage. Elle le suivit et au moment de récupérer le casque, Yves l’attira contre lui et la fixant droit dans les yeux, l’embrassa d’un baiser léger sur la joue. Elle n’avait pas riposté et avait juste souri en balbutiant tout doucement : Merci d’avoir conduit, c’était bien.

Puis il sortit, ouvra la portière, et la voiture démarra tout doucement. Elle attendit de voir disparaître les petits feux rouges au bout du deuxième carrefour avant de fermer le portail. Elle remarqua que Faith dormait déjà et prit une douche rapide silencieusement. Il se faisait vraiment tard car l’horloge venait de sonner le douzième coup de minuit. Elle était fatiguée. La journée avait été longue et riche en émotions. Elle s’affaissa sur le mur et s’endormit en repensant à ce baiser d’Yves. Mais qu’est-ce qui lui était passé par la tête ? Pourquoi s’était-elle laissée embrasser ? Pourquoi avait-elle répondu à son baiser comme si elle avait toujours attendu ce moment ?  Que lui arrivait-il alors qu’elle s’était jurée de ne plus faire confiance aux hommes et de se laisser aller si facilement ? Que penserais Yves d’elle ? Qu’elle était une fille facile ? Mais la douceur du baiser balaya d’un revers toutes ces questions et ce fut la petite voix qui criait maman qui la réveilla au petit matin.

 

Que se passera-t-il dans le prochain chapitre? 

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