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Graines de pensées...

AKOFA, UN DESTIN CAPRICIEUX: Chapitre 3 - Suite et Fin

2 Février 2017 , Rédigé par TEVI-BENISSAN Daté Martial Publié dans #Vie en Société, #Découverte du Togo

Vue du Restaurant After Eight (Cotonou)

Vue du Restaurant After Eight (Cotonou)

Comme à son habitude, Akofa géra les tâches restantes de manière à ne pas être en retard à sa réunion et rentrer tôt pour son rendez-vous avec Yves. Elle avait non seulement horreur du retard mais elle détestait aussi faire attendre les autres comme la plupart des femmes ont l’habitude de le faire. D’ailleurs, elle choisissait toujours très tôt ses tenues pour ne pas avoir l’embarras du choix une fois sa douche prise. Aujourd’hui, elle avait choisi deux tenues : une pour sa réunion à la paroisse et une pour le rendez-vous avec Yves. La première tenue était une robe évasée vers le bas avec des motifs fleuris sur fond blanc. Elle s’attacha les cheveux avec un foulard de couleur blanche également. Elle ressemblait à une novice tout juste rentrée des vacances après un séjour au couvent. Elle prit soin de faire laver sa moto qui brillait de mille feux comme si elle était neuve. Mais elle ne prêtait pas vraiment attention à ce détail. Le plus important pour elle était d’avoir une moto propre. Elle avait d’ailleurs pris l’habitude de faire ce rituel chaque samedi. Elle gara comme à son habitude sur le parking de la paroisse. Ce soir-là, elle ne savait plus si c’était elle qui était impatiente mais la réunion paraissait trop longue. Combien de fois avait-elle regardé sa montre ? Sûrement chaque cinq minutes à tel point que le Président du groupe des Lecteurs l’interpella par deux fois pour qu’elle sache qu’on s’adressait à elle. Elle présenta des excuses et prétexta que Faith ne se sentait pas très en forme. Donc elle était un peu préoccupée. Tous compatirent et souhaitèrent un prompt rétablissement à sa fille. Elle ne fut donc pas programmée pour les lectures le dimanche. Elle se sentait soulagée car elle n’aurait pas à se réveiller très tôt le lendemain au cas où elle rentrerait tard du rendez-vous.

A peine la réunion fut-elle levée qu’elle s’empressa de récupérer sa moto. Si elle se permettait l’habituelle causerie avec ses camarades, elle allait être en retard pour son rendez-vous. Cependant, cela faisait déjà deux minutes qu’elle tournait en rond sur le parking à la recherche de sa moto. Elle l’avait garée ici, au même emplacement et ne comprenait pas pourquoi elle n’y était plus. Elle rechercha encore pendant une ou deux minutes avant de réaliser que sa moto s’était volatilisée. Elle avait été volée. Cela faisait la deuxième fois qu’elle pleurait silencieusement aujourd’hui. Qu’est-ce qui n’allait pas avec elle ? Etait-ce un mauvais présage ? Devait-elle donc se méfier d’Yves ? N’était-ce pas un avertissement ? Elle manqua de s’effondre. Elle se dirigea vers la sortie faisant tout pour ne pas éclater en sanglots même si elle ne comprenait toujours pas ce qui venait de se passer. Elle ne voulait surtout pas à avoir à répondre aux questions de ses amis lecteurs sinon elle serait d’avantage en retard. Juste pour une heure de temps et sa moto avait été volée. Et pourtant elle était sûre d’avoir bien verrouillé et mis l’alarme. Comment les voleurs s’y étaient-ils pris ? Même dans la maison de Dieu ? Ils n’avaient donc plus de limites et n’avaient plus peur de rien on dirait. Il fallait qu’elle fasse une déclaration de perte au commissariat. Elle arrêta un taxi-moto et se rendit au commissariat du sixième arrondissement. Quand elle regarda la file d’attente, elle comprit qu’elle serait en retard. Prenant son courage à deux mains, elle mit la main dans son sac et composa le numéro de téléphone d’Yves pour l’informer du retard qu’elle accuserait. Il comprit son souci et lui accorda le temps qu’il faudra pour passer la chercher. Mais avait-elle encore le moral vu le temps qui passait inexorablement ? Il sonnait déjà dix-huit heures quand elle finit par faire sa déclaration de perte.

Au moment où elle s’apprêta à héler de nouveau une moto, c’était plutôt une voiture qui s’arrêta devant elle. Elle aurait dû la remarquer sur le champ mais elle était là et les esprits ailleurs. Elle s’avança pour avoir une vue dégagée et voulut appeler une autre moto quand la voiture s’avança encore. Elle voulut crier sur le chauffeur car elle ne comprenait pas comment les gens pouvaient être si hautains. Parce qu’elle venait de se faire voler sa moto, les chauffeurs ont commencé par la harceler ? Elle s’abaissa pour frapper un coup léger sur la vitre latérale afin de demander au chauffeur de déplacer sa voiture quand elle se retrouva nez-à-nez avec Yves tout souriant au volant. Ouf ! Elle ouvrit péniblement la portière et manqua de pleurer à haute voix.

Elle se ressaisit et avant même de placer un mot, Yves s’empressa de lui serrer la main gauche en signe de réconfort.

  • Bois un peu d’eau, tu te sentiras mieux.
  • Merci.

Comme il est attentif. Mais elle n’était plus sûre de passer la soirée avec lui. Elle risquerait de la lui gâcher avec son moral si bas. Après avoir roulé pendant cinq minutes dans le silence avec seulement la radio de la voiture comme le seul son, elle finit par lâcher :

  • Yves, toutes mes excuses.
  • Excuses ? Et pourquoi donc ?
  • Pour notre rendezvous ?
  • T’en fais pas, nous avons tout notre temps. L’homme propose, Dieu dispose. Peutêtre que dix-sept heures étaient tout simplement trop tôt.
  • Non, ce n’est pas cela. Je pense qu’il faut qu’on annule. Je n’ai pas le moral.
  • Justement. Je ne peux pas te laisser seule dans ces moments.
  • Je risque de ne pas être d’une bonne compagnie ce soir.
  • Je m’en voudrais de te laisser seule ce soir.
  • Non.
  • Si.

Elle passa une bonne dizaine de minutes sans arriver à le convaincre et résolut finalement d’accepter une nouvelle heure ce soir. Quand il la déposa devant chez elle, il était déjà dix-huit heures et demie. Il démarra et proposa de repasser dans deux heures de temps la chercher pour aller dîner. Elle s’allongea dans son lit et repensa à tout ce qui venait de se passer, au vol de sa moto, à Yves. Finalement, elle décida de s’habiller en changeant ce qu’elle avait prévu initialement.

Pour Yves, elle avait choisi une robe un peu moulante et sexy de couleur noire. La robe lui tombait jusqu’aux genoux pour paraître correcte. Mais pour elle, c’était pour faire le deuil de sa moto volée. Elle ferait de son mieux pour ne pas paraître trop triste comme sa maman venait de lui dire. Il y a de ces choses qui arrivent dans la vie et qui nous apprennent à grandir plutôt qu’à rester à terre. Il lui fallait faire face à la cruauté de la vie et de se montrer combative. Cette moto lui avait été offerte par son tuteur il y a de cela un an pour l’aider dans ses courses. Car c’était plus économique que de prendre les taxi-motos qui pullulent et n’en font qu’à leur tête avec aucun respect pour le code de la route. Il était à l’heure lui aussi et l’emmena dans un restaurant situé au huitième étage et qui portait le même nom que l’étage. C’était le restaurant After Eight. Il avait réservé la table positionnée sur une planche posée au-dessus de la piscine centrale. Elle avait l’impression d’être isolée sur une île déserte au milieu de nulle part et se sentait d’ailleurs bien ici. L’endroit était presque vide. A part les serveurs, il n’y avait qu’un orchestre. Elle se disait que les gens n’étaient tout simplement pas encore sortis. Et que bientôt le restaurant serait prêt. Elle fut la première à se lancer :

  • Comment s’est passée ta journée ?
  • Je dirai que je suis en train de passer le meilleur moment de la journée actuellement avec toi.
  • Ah bon ! Comment ça ?
  • J’ai passé la journée à compter les minutes.
  • T’es pas sérieux toi. Moi, tu sais déjà comment la mienne s’est passée avec le vol de ma moto.
  • Je suis vraiment navré que cela te soit arrivé. Mais je crois que ce soir, il faut réussir à ne pas trop y penser sinon c’est la déprime totale. Alors j’espère arriver à te faire aimer au moins la fin de la journée.
  • Merci. C’est très gentil de ta part. Alors dismoi, Pinocchio…
  • Déjà ?
  • Oui, tu veux me faire oublier la mauvaise journée. Alors parlemoi de toi.
  • Je te propose une salade d’avocat à l’entrée et une queue de bœuf au plat chaud. Ils font les meilleures de la ville. Et au dessert, je te propose un Yves à la mousse au chocolat.
  • Quoi ? Un quoi à la mousse au chocolat ?

A peine eut-elle finit de parler qu’on leur présenta une bouteille de vin blanc. C’était du moelleux. Du Chardonnay de la marque Bouchard Aîné & Fils. Comment savait-il qu’elle aimait le vin blanc? Il doit être devin alors. Zut ! Elle avait déjà oublié qu’il connaissait presque tout sur elle. Le repas se déroulait dans une ambiance ponctuée de petites histoires drôles. Elle avait vraiment apprécié la queue de bœuf. Au dessert, il la laissa faire son choix. Le temps que la crème renversée au caramel soit servie, Yves se lança dans son histoire.

L’année où son père fut affecté correspondait à l’année de la réforme de la douane et du service des impôts. Les deux entités avaient été fusionnées et beaucoup de réaménagements avaient été engagés. Il y avait des suppressions de postes, des mises en retraite anticipée. Son papa avait été affecté dans un poste de douane encore informel dans un village situé dans les collines. Le confort avait changé de visage du jour au lendemain. Il devait se rendre à l’école à pied car la circulation en voiture n’était pas évidente. Les premiers jours sans voiture, sans télévision avaient été durs. Il a donc fallu qu’il apprenne à adapter son corps au nouvel environnement pour avancer. Il a réussi ainsi à perdre du poids et à développer un corps athlétique. Les rentrées d’argent de son père n’étaient plus comme avant car presque personne n’utilisait réellement ce poste de douane pour faire du commerce. Papa avait donc instauré un régime de maîtrise de coûts à la maison. Il a même été obligé de vendre deux de ses maisons luxueuses. Quelques années plus tard, il fut placé dans la catégorie « retraite anticipée » puis ils rentrèrent en ville occuper la seule maison qui lui restait. Après l’obtention de sa maîtrise à l’université en Sciences de Gestion, il déposa des demandes de stage mais les réponses se ressemblaient toutes et étaient négatives. Puis un beau jour, son père prit le téléphone et appela un type et une semaine plus tard, il fut embauché comme Assistant aux Ressources Humaines. Après deux ans, il trouva une annonce de la Banque et postula. C’est vrai qu’il n’avait pas le nombre d’années d’expériences exigées mais il avait réussi à convaincre le cabinet en charge du recrutement. Maintenant il gagne bien sa vie et avait en charge la Gestion des Ressources Humaines. Et il n’avait pas hésité à lui offrir cet emploi temporaire quand son ami Alexandre lui en avait parlé. Il n’avait pas besoin de lui faire une interview car il la connaissait déjà.

A peine eut-il fini que le serveur leur présenta le dessert. Ils le dévorèrent rapidement et il l’invita à danser. Elle accepta et au moment de se lever, elle oublia qu’ils étaient au-dessus d’une piscine et se retrouva à prendre un bain forcé. Yves se jeta à l’eau pour l’aider à en ressortir. Elle était toute mouillée jusqu’aux cheveux. Lui aussi. Il passa une main dans ses cheveux et lui murmura à l’oreille : Je te trouve encore plus belle mouillée. Ils dansèrent ainsi pendant une bonne demi-heure et Yves la raccompagna chez elle. Elle s’attendait encore à un baiser. Il la serra encore une fois puis se retourna sur lui-même et s’en alla. Elle n’en recevra pas ce soir-là. Mais une chose l’intriguait. Non, deux choses : la première chose était le fait qu’Yves ne l’ait pas embrassée comme la première fois, et la deuxième chose était Alexandre. De quoi se mêlait-il ? Que lui voulait-il ? Pourquoi l’avait-il recommandée alors qu’elle lui avait signifié qu’elle ne voulait plus avoir affaire à lui ? Quel lien entre Alexandre et Yves ? Où à quel jeu jouaient-ils ? Cela faisait quand même beaucoup trop de choses pour aujourd’hui. La nuit lui portera sûrement conseil.

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