Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Graines de pensées...

Un matin pas comme les autres

19 Février 2016 , Rédigé par TEVI-BENISSAN Daté Martial Publié dans #Vie en Société

Un matin pas comme les autres

Chapitre I: L'enfant du village

Un matin pas comme les autres, il s’est réveillé en sursaut après que les premiers rayons de soleil l’eut frappé en plein visage. Que se passait-il ? Avait-il dormi combien de temps ? Trop ou peu ? Car il lui semblait s’être couché cette fois-ci plus vite que d’habitude, lui un acharné du travail. Lui c’est Eric. Un haut cadre dans un cabinet d’expertise comptable. La trentaine, issue d’une famille pauvre dans un village reculé de la région centrale du pays. Aîné d’une famille de onze enfants, il se devait de réussir pour aider ses parents qui avaient mis leurs maigres revenus des ventes des produits agricoles dans les études de leurs enfants. Certes, cela ne suffisait pas. Aussi étaient-ils tous obligés de se rendre aux champs les samedis et dimanches pour aider à cultiver la terre. Comment s’était-il retrouvé dans ce cabinet comptable était une autre histoire. Ce salut, il le devait à cette ONG canadienne qui était passée dans la région pour faire une sensibilisation et offrir des soins médicaux gratuits aux populations démunies.

Travailleur et se débrouillant tant bien que mal dans un français maladroitement parlé avec précautions pour éviter des fautes d’accord, Eric s’est vu confié la tâche d’assistant-traducteur pendant les après-midis que duraient les consultations foraines. Pour le remercier de son dévouement, l’ONG avait décidé de prendre en charge ses études et d’allouer une prime mensuelle aux parents afin de subvenir aux besoins du reste de la famille. Il y avait cependant une condition : l’aide était valable uniquement pour les sept années d’études qui le séparaient du Baccalauréat dès qu’il obtiendrait son certificat cette année-là. Eric ne mit pas longtemps à briller à l’examen et l’ONG n’a pas dérogé à sa promesse.

C’est ainsi qu’il débarqua en ville pour la première fois. Quel ne fût pas son dépaysement de voir que les gens marchaient sur des briques si précieuses pour construire au village. Dans quel monde était-il donc ? Plus tard, il apprendra que c’était des pavés et que la substance de base était de toute façon le ciment. Le soir, il lui suffisait d’appuyer sur un bouton pour que la lumière s’allume. Il se rappelle encore de ce premier jour où les autres enfants du centre s’étaient moqués de lui. Au cours de 21ème siècle, il ressemblait à l’homme des cavernes qui découvrait le feu. Mais très vite, il s’adapta. Mais le plus dur était de rester concentré tant les enfants de la ville étaient très rapide dans l’exécution des tâches et semblaient plus intelligents que lui lors de ses premiers jours d’école dans ce collège public situé dans un quartier périphérique de la ville ? Sa famille lui manquait déjà après trois jours passés et personne ici ne s’exprimait dans sa langue maternelle pour s’amuser avec lui. Il lui fallait donc faire des progrès afin d’être au même niveau. Il ne pouvait pas se permettre d’être la honte de sa famille pour une première fois qu’un enfant du village allait jusque dans la capitale pour étudier alors que les autres qui obtenaient le certificat se rendaient dans le village voisin mais ne réussissaient jamais à décrocher leur Brevet. Il passait donc beaucoup de temps à la bibliothèque, le nez fourré dans des livres dont il lisait les lignes sans pour autant comprendre réellement le sens des phrases. Mais qu’importe ? Il continuait de lire. Le premier trimestre fût dur et il s’en était sorti avec la moyenne juste. Au moins, il avait bien travaillé, mieux que certains et était déjà fier. Au village, c’était l’équivalent de la première place.

Le deuxième trimestre fût plus simple car les heures passées à la bibliothèque à lire et relire les livres et manuels portaient leur fruit. Il pouvait s’exprimer correctement et évitait maintenant de faire des fautes comme au cours du premier trimestre. Très tôt, il devient le centre d’intérêt de ses camarades. Qui donc est cet élève qui fonctionne au diésel ? C’est vrai qu’ils n’avaient pas voulu s’afficher avec le villageois mais là, les choses ont bien changé en l’espace de trois mois. Qui ferait le premier pas ? Lui aussi s’en était bien rendu compte mais restait dans son coin. Peut-être que ses camarades voulaient devenir amis avec lui et le distraire, qui sait ? Le troisième trimestre fût le meilleur et il passa en classe supérieur en tant que major de sa promotion. Quelle fierté ! Ses vacances au village furent célébrées comme si le pays avait remporté la coupe du monde de football. Tout le monde s’’empressait de lui demander comment la ville était et comment vivaient les gens. Il suscitait l’admiration tant chez ses frères et sœurs que chez les filles du village qui n’hésitaient pas à se trémousser devant lui pour qu’il puisse bien voir leurs formes généreuses et le séduire. Après tout, quelle fille pouvait lui résister ? Mais lui, semblait être fait de marbre et n’esquissait qu’un léger sourire car ne comprenant pas encore à son âge ce que tout cela signifiait. Puis le temps passa puis il se retrouvait enfin dans sa dernière année d’étude pour l’obtention du baccalauréat. Le stress était à son comble. Il n’avait jamais eu autant peur de sa vie. C’était la chance pour lui d’obtenir le diplôme censé lui permettre de continuer les études universitaires et de trouver un bon emploi afin d’aider sa famille au village. Mais son stress n’était pas dû tant que cela à sa capacité à obtenir son diplôme mais à sa capacité à financer ses études universitaires. Ses maigres économies réalisées en faisant quelques petits boulots par-ci et par-là ne pouvaient même pas lui permettre de louer une chambre.

Ce matin avant de se rendre en salle d’examen, il pria Dieu de l’aider à réussir brillamment. Même s’il n’arrivait pas à poursuivre les études, il aurait fait la fierté de ses parents en réussissant. Les jours passèrent, les épreuves aussi. Il était confiant qu’il réussirait mais l’angoisse de l’après examen le hantait toujours. Il retourna au village. Malgré les sollicitations des uns et des autres, les invitations des filles à s’amuser, la vie lui semblait comme fade. Tout lui paraissait étranger comme s’il n’était jamais venu dans ce village et que l’air subitement était devenu suffoquant. Parfois il lui arrive d’étouffer alors qu’il y fait frais à cause des collines qui bordent le village. En effet, il n’y avait pas besoin d’un ventilateur dans ce village. Il fallait plutôt se couvrir le soir venu pour ne pas attraper froid. Son angoisse se ressentait maintenant à des dizaines de mètres et sa solitude faisait fuir les belles jeunes filles qui autrefois seraient prêtes à mourir pour lui. Son seul ami en ces temps difficile de l’attente des résultats était le jogging. Il le faisait tôt le matin pendant près d’une heure et répétait le même rituel le soir après être rentré du champ avec ses parents. Ces exercices lui valurent d’avoir un corps puissamment bâti avec des pectoraux sous forme de tablette de chocolat comme les mannequins qu’il admirait dans les magazines de mode. Ou bien, devait-il tenter sa chance dans ce domaine ?

Mais très tôt il redescendit sur terre. Le lendemain il devait se rendre en ville pour suivre la proclamation des résultats. Le sommeil n’arrivait pas à prendre le dessus sur lui cette nuit-là. Il arpentait les couloirs de la maison dans le noir comme s’il n’y avait pas de meubles. Puis pointa à l’horizon les premiers rayons du soleil comme pour le narguer. D’habitude, il trouvait beau le lever du soleil. Mais exceptionnellement en ce jour, il le ressentait comme un défi. Qu’allait-il se passer ? Etait-ce un lever de soleil de bon augure ? Rapidement il s’habilla et prit le chemin de la gare routière. Le seul chauffeur du village était déjà là attendant les clients à emmener dans la première ville voisine. C’était une vielle Renault dont l’intérieur avait été réaménagé. D’une capacité de 9 places, la voiture pouvait à présent en prendre jusqu’à quinze personnes. Le temps passait et comme s’il n’était pas déjà assez stressé, le bus refusait de se remplir. Il dût attendre jusqu’à neuf heures avant que le chauffeur ne prenne la direction de la ville voisine. Il faut dire que démarrer n’était pas en soi un problème car le chemin de croix était plutôt l’état de la route. Il n’avait pas plu chez eux la nuit mais les villages voisins qu’ils devaient traverser avaient été sérieusement arrosés. Et la route en latérite avec déjà des trous par endroit faisant faire des acrobaties aux chauffeurs rendait encore plus difficile la conduite. Finalement il arriva et eut la chance de trouver immédiatement une occasion pour la capitale. Après deux heures de route, il descendit devant son école avec son petit sac au dos et commençait à se frayer un chemin parmi la foule nombreuse venue suivre les résultats.

Cependant, il remarqua un truc anormal. Depuis toutes ces années qu’il avait fréquenté, jamais autant de voitures n’étaient venues avec autant de personnes suivre les résultats dans ce centre. En plus, il pouvait distinguer clairement des policiers alignés un peu partout et des hommes en lunettes noires, costumes noirs comme les agents spéciaux dans Men In Black. Que se passait-il au juste ? Se trompait-il d’endroit ? Il ne pouvait pas être aussi stupide après toutes ces années. Après tout il était aussi stressé et aurait pu manquer de faire attention. Au moment de rebrousser chemin, il entendit quelqu’un prononcer son nom. C’était le directeur de l’école. Oh mon Dieu ! Qu’a-t-il fait pour se faire interpeller par le directeur ? Son cœur cognait dans sa poitrine et à y prêter un peu attention, on aurait cru les militaires en train de jouer le tambour pour l’hymne national. Timidement il s’approchait du directeur qui tout excité lui annonça qu’aujourd’hui était un jour spécial pour leur école car le Président de la République viendrait assister personnellement à la proclamation des résultats. Mais pourquoi le Président viendrait-il ? À peine eût-il fini de se poser cette question qu’un silence se fit dans la cour de l’école. Pour la première fois, il vit le Président de la République s’avancer. Il se pinça pour se rassurer que ce n’était pas un rêve.

à suivre…

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article